Les professeures Virginie Francoeur et Sophie Bernard, accompagnées de leur équipe de recherche, ont mesuré l’impact d’une exposition d’art sur le zéro déchet sur le niveau d’engagement des visiteurs vis-à-vis des comportements écoresponsables à adopter. Découvrez le résumé de leurs travaux.
Résumé
Selon les plus récentes statistiques, sur les 4,6 millions de tonnes de plastique produit et importé au Canada chaque année, près de la moitié sont des emballages plastiques. Le taux de recyclage de tous ces plastiques confondus oscille entre 6 et 9 %. L’organisme Équiterre, en quête de solutions, a ainsi proposé à notre équipe de recherche à Polytechnique Montréal, en 2021, de mener différents volets de recherche dans le cadre d’une étude pancanadienne sur la transition vers le zéro déchet. Que faire des résultats de cette étude lorsque l’on désire impliquer un public diversifié ? Il faut opter pour une diffusion non conventionnelle. La science et les arts sont ici conviés pour que l’inédit prenne son envol.
L’exposition Zér0 que nous avons présentée à la Biosphère de Montréal (2023-2024) a réuni dix artistes et collectifs de disciplines variées. Leurs défis : transformer le zéro déchet en œuvre d’art.
Le zéro déchet, c’est réduire le gaspillage de ressources et la quantité de déchets pour éviter le rejet des toxicités dans le sol, l’eau ou l’air.

De façon inédite, chaque artiste a disposé d’une autonomie totale pour interpréter le thème du zéro déchet selon sa pratique artistique, tout en étant responsable du choix éthique de ses matériaux, en majorité récupérés. On croise dans cette exposition des œuvres hétéroclites : bande dessinée, poésie, sculpture, peinture, photographie, vidéo et théâtre.
Les visiteurs ont été invités à remplir un questionnaire avant et après la visite, permettant de mesurer l’impact de l’exposition notamment sur leur émotion et comportements écoresponsables. Cette démarche proactive vise à mesurer l’engagement et à les faire réfléchir sur les impacts des gestes qu’ils peuvent poser. Des entretiens qualitatifs ont également été réalisés à la Biosphère (n=60). L’étude longitudinale comprend donc deux temps de mesure. Au temps 1, 180 adultes ont été sondés. Seuls ces résultats seront présentés, l’analyse des données qualitatives et quantitatives du temps 2 étant toujours en cours.
Les répondants (temps 1) ont déclaré ressentir majoritairement des émotions positives lors de leur visite (75%). Cinquante-deux pour cent ont ressenti des émotions positives inactives, tel que la détente; 23 % des émotions positives actives tel que l’enthousiasme. Vingt-cinq pour cent ont ressenti des émotions négatives (10% inactive tel que fatigue et 15 % active tel que la peur). Les visiteurs ont davantage été interpellés par les œuvres avec un visuel.

Ensuite, une majorité de répondants (72 %) considère que certains éléments de l’exposition leur ont fourni un environnement propice à la réception d’informations en plus de les avoir convaincus que les arts peuvent les aider à comprendre des informations scientifiques complexes. Soixante-quatre pour cent considèrent qu’à la suite de l’exposition, ils sont prêts à changer leurs habitudes pour consommer plus de produits achetés en vrac et ainsi augmenter leur comportement zéro déchet. Soixante pour cent sont incités à parler de l’exposition avec leur proche et leur entourage. Enfin, on remarque une prise de conscience de 58 % parmi les répondants. Certains éléments de l’exposition les ont sensibilisés au zéro déchet et plus largement à l’écologie. Grâce à l’exposition, une majorité a pris conscience de leurs habitudes de consommation et de l’impact de la surconsommation d’emballages à usage unique sur l’environnement.

En résumé, notre projet de recherche a exploré, de manière novatrice, l’utilisation de l’art comme vecteur d’incitation au changement écologique. Nous avons choisi de réunir dans une exposition à la fois la science et l’art en vue d’accroître les connaissances du public envers le zéro déchet et de créer des interactions originales. Nos résultats sont prometteurs et montrent la pertinence d’un dispositif artistique pour sensibiliser et inciter à l’action. La richesse de l’art repose sur la capacité à éprouver des sensations inédites, à transcender les frontières et à imaginer un monde nouveau, contribuant ainsi à développer une sensibilité accrue envers les enjeux environnementaux et une incitation à l’action.
Pour en apprendre plus sur l’exposition : https://www.expositionzero.ca/
Nous remercions les artistes ayant participé à ce projet et nos nombreux partenaires :
- Artistes : Martin Beauregard ; Jean Désy, Marie-Chloé Duval, Virginie Francoeur, Jason Gillingham, Rodney Saint-Éloi, Annie Groovie, Marilyn Perreault et Annie Ranger du Théâtre I.N.K., Bernard Voyer et le Studio Ascètes (Alexis Vaillancourt, Olivier Bonnard et Olivier Heaps-Drolet).
- Réseau de recherche en économie circulaire du Québec (RRECQ)
- Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH)
- Fonds de recherche du Québec (FRQ)
- Fondation et Alumni de Polytechnique Montréal
- Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRODD)
- Biosphère
- Équiterre
- Mirari
- Koze Productions
- Kashika Studio
Stagiaires de recherche : Aymeric Bès de Berc, Baptiste Henry, Kelly Gbeve, Maëlle Aymar.